Un chef de chantier qui ferraille « au pif » en blocs à bancher, c’est un peu comme un DRH qui recrute sans fiche de poste: ça passe une fois, mais le jour où ça casse, la facture est salée. Le ferraillage, c’est la colonne vertébrale du mur. Sans lui, votre ouvrage en maçonnerie d’éléments creux se comporte comme un empilement de parpaings sous une chape de stress, il tient jusqu’à la première poussée latérale non prévue.

On ne va pas vous expliquer ce qu’est un bloc à bancher: vous êtes maçon, conducteur de travaux, ou artisan, vous en posez. Ce qui suit, c’est le détail des armatures, le schéma de ferraillage type, le calcul des quantités d’acier en fonction de la hauteur et de la destination du mur, et les points de vigilance qu’on voit encore rater sur les chantiers. Le tout, en citant le DTU 20.1 et la norme NF EN 15435, parce qu’un article sur le ferraillage sans référence normative, c’est un article de blog, pas un article technique.

Pourquoi votre mur en blocs à bancher exige un ferraillage réfléchi

Un bloc à bancher seul reprend surtout de la compression. Dès que le mur fait office de soutènement ou de voile porteur, il subit des efforts de flexion, de cisaillement et de traction que le béton non armé encaisse mal. L’armature, horizontale comme verticale, reprend ces efforts et confère à l’ensemble son comportement monolithique.

L’absence de chaînage horizontal en tête de mur, l’oubli des aciers de liaison avec la semelle ou une densité d’acier insuffisante dans les alvéoles, ce sont des sinistres en devenir. L’assureur ne regarde pas le diamètre des fers, mais l’expert, si. Et l’expert relève le non-respect des disposions du DTU 20.1, en particulier l’amendement introduit en septembre 2008 avec la norme européenne NF EN 15435, qui a fait entrer les blocs de coffrage en béton de granulats courants dans le cadre réglementaire français. Avant 2008, c’était un peu le Far West; depuis, les règles sont claires, encore faut-il les appliquer.

Les armatures nécessaires: verticales, horizontales et chaînages

Vertical steel rebars rising from a row of hollow concrete blocks, horizontal ties wired tightly at regular intervals, r

Un ferraillage correct en blocs à bancher combine trois familles d’aciers: les armatures verticales, les armatures horizontales et les chaînages. Contrairement à ce qu’on lit parfois sur certains forums (nous sommes passés sur un fil Facebook de 2024 qui posait la question), on ne se contente pas de glisser deux fers dans les alvéoles et de couler.

Armatures verticales

Les armatures verticales se placent dans les réservations des blocs, en général deux aciers par alvéole pour les murs courants, avec un diamètre minimal de 10 mm pour une hauteur modeste. Plus la hauteur augmente, plus la section d’acier nécessaire grimpe. On les positionne dès le montage du premier rang, en les ancrant dans la semelle ou la longrine via des attentes de 40 cm minimum, pliées en équerre, diamètre identique à celui des verticales. L’espacement entre barres est dicté par l’étude, mais en pratique on trouve une barre tous les 15 à 20 cm dans les alvéoles de 20 cm d’épaisseur.

Armatures horizontales

Les armatures horizontales courent dans les joints entre les rangs de blocs, en périphérie des alvéoles. On utilise généralement des aciers HA de 8 mm (voire 10 mm pour les murs de soutènement à forte poussée). Ces fers horizontaux sont essentiels pour reprendre les efforts de cisaillement dans le plan du mur et pour éviter que les blocs ne se désolidarisent sous charge. Ils doivent être filants d’un bout à l’autre du mur, avec des recouvrements croisés d’au moins 40 cm aux jonctions, et être fixés aux armatures verticales.

Le couple horizontal-vertical crée un treillis tridimensionnel une fois le béton coulé: c’est cette cage d’armature qui donne au mur sa résistance en flexion composée, notamment dans les angles où les contraintes sont maximales. Sur un mur de soutènement de plus de 2 m, vous doublerez les horizontaux en partie basse.

Tableau récapitulatif selon la hauteur

Hauteur du murArmatures verticales (diamètre et espacement)Armatures horizontalesChaînage intermédiaire
< 1,20 m2 HA 10 par alvéole tous les 20 cmHA 8 filant à chaque rangNon requis
1,20 m à 2,50 m2 HA 12 par alvéole tous les 20 cmHA 10 filant à chaque rang1 chaînage à mi-hauteur
> 2,50 m2 HA 14 (voire 16) selon étudeHA 12 en partie basse, HA 10 en tête2 chaînages répartis

⚠️ Attention: Ces valeurs sont indicatives pour un mur de soutènement en terrain meuble à poussée simple. Toute configuration sortant de ces fourchettes nécessite une étude de structure.

Le schéma de ferraillage d’un mur en blocs à bancher, en détail

Un bon schéma de ferraillage, c’est celui qu’on peut lire à même le chantier sans déplier quinze plans. Un schéma type regroupe la coupe verticale du mur, la liaison avec la semelle, le chaînage horizontal de tête et la répartition des armatures dans les alvéoles.

Légende du schéma type

  • (a) Semelle filante en béton armé, ancrée au sol, avec attentes verticales dépassant de 40 cm.
  • (b) Longrine de répartition, coulée en fond de fouille pour les murs de soutènement lourds.
  • (c) Armatures verticales HA 12 mm (ou 14) ancrées dans la semelle, s’élevant dans les alvéoles.
  • (d) Armatures horizontales HA 10 mm disposées dans les joints, recouvrement de 40 cm aux extrémités.
  • (e) Chaînage horizontal en tête de mur: 4 HA 10 en cadre fermé, jouant le rôle de couronne.
  • (f) Remplissage en béton de granulats 12 mm max, vibré, classe d’affaissement S4.
  • (g) Épingles de liaison entre armatures verticales et horizontales, diamètre 6 mm, tous les 60 cm.

Pour ne pas alourdir le propos, nous ne reproduisons pas ici le schéma graphique, un dessin vectoriel de cette répartition est téléchargeable sur le site d’ABC-Maçonnerie (Pack Expert, 93 € HT, avec des exemples de plans de ferraillage commentés). Une ressource précieuse pour les autodidactes qui veulent vérifier leurs cotations avant coulage.

Détail de la liaison semelle-blocs

Le point de départ de tout ferraillage en blocs à bancher, c’est l’attente. Elle doit dépasser d’au moins 40 cm au-dessus de la semelle ou de la longrine, être coudée côté intérieur du mur pour ne pas gêner la pose des blocs, et son diamètre doit correspondre à celui des armatures verticales. Le béton de propreté de la semelle doit être suffisamment dosé (350 kg/m³) pour assurer l’ancrage. Une astuce de chantier: utilisez des gabarits en bois pour positionner les attentes verticales dans l’axe des alvéoles, ça évite les reprises au burin.

Chaînage horizontal en tête de mur

En tête de mur, le chaînage reprend les efforts de traction horizontaux et rigidifie l’ouvrage. Il se compose généralement de 4 aciers HA en cadre fermé, avec des épingles ou des étriers tous les 15 cm. Ce chaînage doit être coffré de façon à recevoir le béton de la dernière passe de coulage, et il est impératif d’y incorporer les armatures horizontales filantes. Un chaînage mal réalisé en tête, c’est l’assurance d’une fissuration en escalier dans les angles, surtout sur les murs exposés aux cycles gel-dégel.

Calculer la quantité d’acier par mètre linéaire

A steel measuring tape lying across a bundle of ribbed rebar rods on a wooden pallet, sunlight casting long shadows, con

Pas besoin d’être ingénieur structure pour estimer le poids d’acier nécessaire à votre mur, à condition d’avoir les bonnes formules et de ne pas confondre diamètre et section. On vous donne la méthode, directement applicable.

Formule de calcul de la section d’acier

Pour un mur de hauteur h (en m), d’épaisseur d’alvéole e (en cm), avec un pourcentage d’armatures ρ défini par l’étude (en pratique entre 0,3 % et 0,8 % de la section de béton), on calcule:

Section d’acier par mètre linéaire = (e × 100) × ρ / 100 (en cm²/ml)

Une fois la section obtenue, le poids d’acier se déduit en multipliant la section par la longueur développée des aciers (verticale + horizontale + recouvrements) et par la masse volumique de l’acier (7 850 kg/m³). Pour un mur courant, on peut retenir les ordres de grandeur suivants, testés sur plusieurs chantiers.

Exemple pour un mur de 1 mètre

Mur de 1 m de haut, épaisseur 20 cm. ρ = 0,3 %. Section d’acier = (20×100)×0,003 = 6 cm² par mètre linéaire. On place deux HA 10 par alvéole tous les 20 cm, ce qui donne environ 5 paires au mètre, soit une section verticale de l’ordre de 7,8 cm² (chaque HA 10 fait 0,785 cm²). Ajoutez les horizontaux: un filant HA 8 à chaque rang (3 rangs) apporte environ 1,5 cm². Le poids total d’acier se situe autour de 7 à 8 kg par mètre linéaire, finitions comprises.

Exemple pour un mur de 2 mètres

Hauteur 2 m, épaisseur 20 cm, ρ porté à 0,5 % à cause de la poussée. Section nécessaire: 10 cm²/ml. On passe à des HA 12 en vertical (1,13 cm² par barre), soit 9 à 10 barres par mètre, et on ajoute un HA 10 horizontal à chaque rang (6 rangs), apportant 0,785 cm² par rang. Poids total estimé: entre 14 et 16 kg d’acier par mètre linéaire.

Exemple pour un mur de 3 mètres

Au-delà de 2,50 m, la section d’acier dépasse souvent 0,8 % de la section de béton. Pour 3 m, avec ρ à 0,8 %, la section d’acier atteint 16 cm²/ml. On couple alors des HA 14 (1,54 cm²) verticaux avec des HA 12 horizontaux dans la moitié basse. Le poids par mètre linéaire monte entre 22 et 26 kg, hors chaînages intermédiaires, ce qui couvre les zones à forte flexion et les murs de soutènement double poussée.

Quantité d’acier par mètre linéaire pour mur de soutènement

Un mur de soutènement subit une poussée des terres qui n’est pas uniforme: elle est maximale en pied. Les tableaux ci-dessous, basés sur les abaques usuels pour un remblai courant (γ = 18 kN/m³, angle de frottement 30°), donnent une estimation rapide.

Tableau: simple poussée (terrassement d’un seul côté)

Hauteur (m)Diamètre verticalEspacement vertical (cm)Diamètre horizontalPoids acier (kg/ml)
1,00HA 1020HA 87,5
1,50HA 1220HA 1012
2,00HA 1420HA 1018
2,50HA 1620HA 1224

Tableau: double poussée (mur entre deux remblais, voie piétonne en crête)

Hauteur (m)Diamètre verticalEspacement vertical (cm)Diamètre horizontalPoids acier (kg/ml)
1,00HA 1215HA 1012
1,50HA 1415HA 1221
2,00HA 1615HA 1230

Ces masses incluent les recouvrements et les épingles de liaison. Elles supposent un chaînage en tête systématique et des attentes correctement dimensionnées.

Astuce pour estimer rapidement

Sur chantier, retenez qu’un mur de soutènement de 2 m en blocs à bancher de 20 cm consomme en moyenne 18 à 20 kg d’acier par mètre linéaire. Divisez par deux pour un simple mur de clôture non porteur de moins de 1,20 m. Si vous devez commander les fers, ajoutez 15 % de marge pour les chutes et les recouvrements, surtout si vous travaillez avec des longueurs standard de 12 m.

Poser et ferrailler un bloc à bancher: les étapes clés

A construction worker's gloved hands lowering a steel rebar into the cavity of a hollow concrete block, wet mortar on ad

Voici la séquence de montage qui évite les reprises et les arrêts de coulage intempestifs. On ne vous détaille pas le terrassement ni le coulage de la semelle, on commence une fois les attentes en place.

Caler la semelle et ses attentes avant le premier bloc

Tracez l’axe du mur sur la semelle. Vérifiez que les attentes verticales sont bien alignées avec le centre des futures alvéoles. Même un écart de 2 cm peut vous obliger à meuler un bloc. Arrosez légèrement la surface de la semelle avant de poser le premier rang pour améliorer l’adhérence du mortier de calage.

Poser les blocs et insérer les verticales au bon moment

Posez le premier rang à sec, sans mortier, pour contrôler l’alignement et l’aplomb. Une fois validé, fixez-le au mortier. Glissez les armatures verticales dans les alvéoles en les arrimant aux attentes avec du fil de ligature recuit. Continuez le montage rang par rang en enfilant les armatures horizontales dans les réservations prévues à cet effet, avant d’empiler le rang suivant. Les blocs à bancher ne se croisent pas comme des briques pleines: l’emboîtement mâle-femelle assure la continuité du coffrage, mais n’empêche pas de décaler les joints d’un demi-bloc si la géométrie le permet, cela améliore la résistance au cisaillement.

Mettre en place les horizontaux et les chaînages

À chaque rang, installez les fers horizontaux en les nouant aux verticales par des épingles ou du fil de ligature. Vérifiez que les barres sont bien centrées dans le joint, sans affleurement qui risquerait de rouiller. Le chaînage intermédiaire, quand il est requis, s’intercale à la hauteur calculée avec un lit de blocs spéciaux ou un coffrage bois rapporté, dans lequel vous disposez les aciers supplémentaires.

Couler le béton en respectant la hauteur maximale

Remplissez les alvéoles par passes de 1,5 m de hauteur maximale, avec un béton fluide (classe d’affaissement S4, granulats 12 mm max pour les blocs de 20 cm). Sur des blocs plus larges (25 ou 30 cm), la taille des granulats peut aller jusqu’à 10 % de la dimension minimale des alvéoles, comme le rappelle le complément au DTU 20.1 issu de la NF EN 206. Vibrez chaque alvéole sans toucher les armatures, puis laissez le béton faire sa cure avant de continuer l’empilement. Ne remplissez jamais plus de 1,5 m en une fois sans étude de stabilité provisoire: au-delà, la poussée hydrostatique du béton frais peut déverser les blocs ou faire éclater les joints.

Si vous gérez plusieurs murs sur un chantier complexe, un logiciel de suivi chantier pour architecte vous permettra de planifier les coulages et de suivre les approvisionnements en acier sans perdre le fil.

Chaînage et liaison avec la fondation: les pièges à éviter

Chaînage horizontal en tête de mur

Ne sous-estimez jamais le chaînage de tête. Un mur qui « travaille » sous l’effet de la poussée des terres ou des charges de plancher aura tendance à se fissurer à 45° dans les angles si la tête n’est pas rigidifiée. La section d’acier du chaînage doit représenter au moins 0,8 % de la section transversale du mur en tête, avec un cadre fermé ancré aux verticales. Les aciers de chaînage doivent déborder d’au moins 50 cm dans les angles pour un recouvrement correct.

Liaison semelle-longrine

La liaison entre la semelle et le mur est aussi critique que le ferraillage interne. Dans le cas d’un mur de soutènement, on prévoit souvent une longrine de répartition sous la semelle, ferraillée de manière continue. Les attentes verticales sont coulées en même temps que la semelle et doivent dépasser d’une hauteur suffisante pour le recouvrement, 40 diamètres de barre, soit environ 50 cm pour du HA 12. Vérifiez la verticalité de ces attentes avant le coulage de la semelle; une attente inclinée de quelques degrés, c’est un mur qui part de travers.

Pour les murs porteurs, c’est le bureau d’études qui dimensionne la semelle. Mais en pratique, un maçon expérimenté sait qu’une semelle de 40 cm de large sur 20 cm de haut armée d’un treillis soudé ST25C ne pardonne pas un mauvais ancrage des attentes. Un litige ultérieur sur le hors d’aplomb peut vous envoyer devant les avocats droit du travail si le salarié est mis en cause, mieux vaut contrôler le positionnement au laser avant de couler.

Questions fréquentes

Quel est le bon diamètre d’armature pour un mur de 2 m en blocs à bancher?

Pour un mur de soutènement de 2 m en simple poussée, on utilise généralement des armatures verticales HA 14 espacées de 20 cm et des horizontaux HA 10 à chaque rang. Cela correspond à un ratio d’acier voisin de 0,5 %. En pratique, validez toujours avec l’étude géotechnique.

Faut-il croiser les blocs à bancher?

Non, l’emboîtement mécanique des blocs à bancher fait office de liaison continue. Le croisement au sens de la maçonnerie de briques pleines n’est pas nécessaire. Toutefois, décaler les joints verticaux d’un rang sur l’autre quand la largeur du mur le permet renforce le comportement mécanique sans nuire au remplissage. C’est une pratique courante sur les murs de soutènement exposés à des efforts alternés.

Quelle est la hauteur de coulage maximale pour les blocs à bancher?

Sans étude spécifique, la hauteur de coulage est limitée à 3 fois l’épaisseur du mur, avec un maximum de 1,5 m par passe. Au-delà, le coffrage interne que constitue le bloc peut ne pas résister à la pression du béton frais. Des dispositions constructives particulières, comme l’étaiement provisoire ou le coulage en plusieurs passes avec attentes, doivent être prévues.

Peut-on utiliser des treillis soudés en guise d’armatures horizontales?

C’est techniquement possible, mais déconseillé. Les treillis soudés ne se plient pas facilement aux rayons de courbure des alvéoles et créent des points de fragilité aux soudures. Les armatures horizontales en barres HA, nouées aux verticales, restent la solution la plus robuste et la plus conforme aux prescriptions du DTU.

Quel rapport entre le ferraillage d’un mur en blocs à bancher et le management de chantier?

Le lien n’est pas trivial, mais un chantier mal coordonné où le chef d’équipe ne maîtrise pas les plans de ferraillage, c’est du temps perdu, des arrêts de coulage et une formation management d’équipe peut s’avérer utile pour professionnaliser la transmission des consignes. Dans le même temps, connaître la grille des salaires BTP 2024 permet de recruter les bons profils de maçons coffreurs capables de lire un schéma de ferraillage sans supervision permanente.

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